La rénovation urbaine
Démolition-reconstruction de l'Etat
Ce livre se présente de prime abord comme un bilan précis et clair des recherches du sociologue Renaud Epstein (voir ses articles dans Esprit en novembre 2005, juillet 2006 et février 2008) qui ont porté sur le programme de rénovation urbaine (lancé en 2003 par Jean-Louis Borloo, le Pnru a concerné 500 quartiers et mobilisé 45 milliards d’euros) dont l’ambition était de transformer radicalement les zones urbaines défavorisées. Mais au-delà du constat que la question urbaine est indissociable de la question sociale qu’un urbanisme rénovateur ne peut résoudre miraculeusement, la force de l’ouvrage réside dans l’analyse des mutations de l’action publique et du rôle de l’État. Loin de laisser croire que l’État se retire, Epstein montre d’une part que celui-ci, accompagnant à sa manière la privatisation de l’économie, met en concurrence les acteurs locaux, et d’autre part qu’il « gouverne à distance ». Le sous-titre du livre trouve ainsi tout son sens : à travers la rénovation urbaine, on assiste à une « démolition-reconstruction de l’État » qui ne délègue et ne décentralise qu’en apparence. En cela, ce livre permet de comprendre les ressorts de la réforme des collectivités territoriales en cours et convainc que l’État n’est pas en voie de disparition mais se transforme pour mieux s’accorder à la mondialisation économique. « Les promoteurs du concept de gouvernance urbaine, qui avaient théorisé la perte de centralité étatique, en conviennent : l’État n’a certes plus le monopole de l’exercice de l’autorité politique, mais il a retrouvé un rôle central de légitimation et d’orientation au sein de la constellation d’acteurs qui fabriquent et mettent en œuvre l’action publique dans les territoires. » Qui veut comprendre ce que devient l’État « à la française » et comment il agit tirera de nombreux bénéfices de la lecture de ce livre.
O. M.