Conversations avec Martin Scorsese
On connaît les remarquables commentaires de Martin Scorsese sur l’histoire des cinémas italien et américain au xxe siècle. On a eu l’occasion de lire des entretiens substantiels avec lui mais c’est la première fois qu’un ouvrage lui donne l’occasion d’une interrogation au long cours et en profondeur sur son propre parcours cinématographique. Même si l’entretien n’est pas conduit ici par un cinéaste, il est difficile de ne pas penser à la conversation conduite par François Truffaut avec Alfred Hitchcock. Les commentaires de ses propres œuvres sont autant de séquences qui permettent à Martin Scorsese de valoriser ses films les plus inattendus comme Kundun, After Hours, À tombeau ouvert ou l’énigmatique et récent Shutter Island plutôt que des films violents « à la Scorsese » comme Nerfs à vif ou Casino. Mais, d’un film à l’autre, un même état d’esprit rappelle qu’on a affaire à un auteur, à un « moraliste » qui s’enfonce dans un univers nocturne qui n’est pas toujours celui du rêve : « Il n’y aura jamais, écrit Richard Schickel, un “triomphe de l’esprit humain” dans un film de Scorsese. Il est trop intelligent pour ça. Et trop foncièrement moraliste. Ce qui me frappe le plus dans ses films, c’est non seulement qu’ils sont dérangeants, mais qu’ils demeurent généralement en suspens. Si tous parviennent à une conclusion narrative définitive, ils n’en restent pas moins ouverts. Ils vous laissent dans l’indécision, incapables de déterminer ce qu’il en adviendra des survivants. »
O. M.