UNE SAISON DANS LES LIMBES


Les limbes étaient ce lieu intermédiaire, plutôt côté enfer et néanmoins hors enfer, destiné aux enfants morts sans baptême, donc sans la grâce qui leur eût permis d’échapper à la « faute d’Adam », le péché originel. Je dis « étaient », car l’Église a récemment décidé que la foi catholique pouvait se passer des limbes – inventés pour parer à la rigueur de saint Augustin, indéfectiblement attaché au péché originel de tous, y compris des petits enfants. Le petit livre de Robert Scholtus, promenade dans les limbes de la littérature et de l’actualité, témoigne pourtant de l’attachement moderne au mot – qu’on croit volontiers féminin et qui est pourtant de genre masculin – et à la chose, que symbolisent au mieux tous ces lieux « entre deux » et ces âges d’attente désolée qui ont envahi nos vies et dont les aéroports, par exemple, sont l’emblème. Incroyable en tout cas, le nombre de romanciers, d’essayistes, d’artistes qui revisitent les limbes – mot et chose –, comme si tout le séjour terrestre était finalement devenu un lieu « limbique », ou « limbal », ou « limbesque ». Méditant sur sa propre vie, l’auteur file avec justesse la métaphore d’un non-lieu où, pour le sauver, « se cachent des anges ». Curieusement, désertés maintenant par l’Église, les limbes révèlent l’ampleur de leur vérité humaine, si humaine.

J.-L. S.

Bayard, 2009
141 p. 18 €