Histoire secrète de la Ve République
Marquée dès son origine par un coup d’État et l’opération Résurrection, il n’est pas inutile de rappeler les « souterrains » de la Ve République indissociables de la décolonisation, des diplomaties secrètes, du nucléaire et du complexe militaro-industriel et des réseaux occultes… Si tous ces points sont éclairés par des plumes confirmées et des mises au point pertinentes, la grande originalité de cet ouvrage collectif repose dans les apports de Martine Orange, aujourd’hui rédactrice en chef de La Tribune. Les nombreuses entrées qu’elle a rédigées permettent de prendre la mesure de l’action (visible et invisible) d’un certain nombre des grands corps de l’État. Sans jamais tomber dans le procès facile et en saluant la figure d’un Simon Nora, elle souligne les incohérences, les erreurs et le caractère irrationnel de ces grands corps qui incarnent non pas la Raison d’État mais la rationalité de la haute fonction publique. On lira donc les textes portant sur le corps des mines (un État dans l’État), les dessous de la modernisation concernant plusieurs corps (TGV, Nucléaire, Télécoms), le rôle de la grande finance et sa privatisation, la manne de l’immobilier, l’action de la Lyonnaise des eaux et de la Générale des eaux, le scandale du Crédit lyonnais… Ce qui permet de comprendre que la rationalité des grands Corps ne les préserve pas de la mauvaise Raison d’État et de comportements incohérents. Voilà une lecture qui ne se résume pas à l’accusation des élites mais s’efforce d’en comprendre l’action et les échecs.
O.M.
O.M.