LE HEZBOLLAH
État des lieux
Si l’intervention américaine en Irak a mis au-devant de la scène proche-orientale la question chiite, l’ouvrage de Laurence Louër se démarque de la production habituelle en privilégiant une approche en termes diasporiques et transrégionaux, et en ne se focalisant pas sur l’habituel découpage par pays qui risque toujours d’exagérer la « centralité » iranienne. De même souligne-t-elle les conflits latents entre les clercs et les laïcs, et les divisions qui traversent une institution religieuse (le clergé chiite qui repose sur le pouvoir de la source d’imitation) qui doit « conserver une certaine distance d’avec la politique si elle veut préserver son autorité, et ne pas confondre le politique avec la politique, c’est-à-dire le fait d’édicter de grandes normes permettant en réalité une multitude d’aménagements politiques pratiques avec la prise de décision au jour le jour ». Si Laurence Louër souligne les divisions qui entament l’hypothèse d’une toute-puissance chiite, l’ouvrage collectif coordonné par Sabrina Mervin s’efforce d’esquisser une généalogie du Hezbollah (parti de Dieu) et souligne sa libanisation. Celle-ci le détache de l’influence iranienne et l’inscrit au centre du conflit proche-oriental, comme l’a montré la guerre israélienne de 2006. Ce qui n’est pas sans peser sur la recherche : « Les chercheurs soucieux d’objectivité se trouvent pris entre deux feux : d’un côté, ils sont susceptibles d’être taxés d’angélisme, voire de complaisance, par les détracteurs du parti, et, de l’autre, de se voir refuser l’accès aux terrains par le Hezbollah, d’autant que certains de leurs travaux pourraient être utilisés contre lui, alors qu’ils partent d’un souci de documentation académique. » Il n’est effectivement pas inutile de rappeler que les conditions d’un travail de recherche rigoureux et fiable ne sont pas toujours faciles à réunir dans des situations de violence extrême. Ces deux ouvrages fourmillent néanmoins d’informations précises et d’hypothèses susceptibles d’éclairer la compréhension d’événements le plus souvent réduits à des images insupportables.
O. M.
O. M.