LES CICATRICES DES NATIONS.

L’Europe malade de ses frontières


Si l’auteure ne voulait pas jouer les Cassandre en publiant cet ouvrage avant le déclenchement début août de l’opération militaire lancée par le président géorgien en Ossétie du Nord, son livre permet de mieux en comprendre le cadre historique et géographique (le Caucase) et la place impartie aux frontières dans l’Europe de l’après-guerre froide. Ministre des Affaires étrangères de Géorgie entre mars 2004 et octobre 2005, Salomé Zourabichvili, qui fait désormais le lien entre Paris et Tbilissi, attire en effet dans ces pages l’attention, non sans lien avec les travaux de Michel Foucher, sur les conséquences possibles pour l’Europe d’une métamorphose récente du statut et de la réalité des frontières. « L’exemple de l’Europe nous montre combien la frontière est indispensable à l’essence même des êtres, comme des nations ou des ensembles plus grands. Cette frontière peut être en mouvement : comme cela a été le cas des États-Unis d’Amérique, de la Russie du XVIIe siècle ou de l’Union européenne de ces deux dernières décennies. Elle peut être arrêtée comme les frontières de la guerre froide. Mais elle ne doit surtout pas être indécise et hésitante, sauf à provoquer des dysfonctionnements à l’intérieur comme à l’extérieur. » Comment donc repenser des frontières non hésitantes sans établir des coupures culturelles et identitaires ? La question se pose à l’Europe de manière récurrente, et pas uniquement dans le cas de la Turquie. Mais si l’Europe doit inventer « ses » frontières, cela exige également de repenser les liens entre frontières territoriales et non territoriales. « Le besoin de frontière est devenu le trait dominant de l’Europe au point d’estomper les autres absences […] Manque tellement criant que l’Europe semble vouloir le compenser en générant une multiplicité de frontières globales, sectorielles, superposées ; frontières étatiques, supra-étatiques, frontières sanitaires, frontières informatiques… Ce sont les frontières plurielles de notre nouveau monde. »

O. M.

Bourin, 2008
190 p. 19 €