Le grand désarroi

Enquête sur les juifs de France


Emportés par l’émotion après l’assassinat, le 7 janvier 2015, des journalistes et des employés de Charlie Hebdo, avons-nous, fût-ce involontairement, quelque peu minimisé, omis dans la conversation ou passé sous silence les morts juifs de l’Hyper Cacher de Vincennes, le 9 janvier ? C’est probable. En tout cas, nous n’avons pas perçu le traumatisme que ces meurtres, tout simplement « parce qu’ils étaient juifs », ont créé chez les juifs de France, après d’autres assassinats à Toulouse, Anvers… Une fois de plus, beaucoup d’entre eux ont été assaillis par la question : rester en France ou la quitter pour Israël ? Salomon et Victor Malka sont allés enquêter dans plusieurs villes de France – Toulouse, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Perpignan, Marseille, Nice, Paris bien sûr… – et aussi en Israël, pour comprendre, et sans doute d’abord entendre leurs désarrois, leurs sentiments contradictoires, leurs états d’esprit parfois très opposés. Cette radiographie de juifs français – très à gauche ou très à droite ou très au centre, célébrités ou gens de la rue, jeunes et vieux, femmes et hommes – reflète un moment exceptionnel de la « communauté », mais elle est très révélatrice des dilemmes et des angoisses où sont pris les juifs français. D’autant plus que les auteurs rappellent chaque fois le « contexte » des personnes qu’ils interrogent, l’histoire juive des villes où ils se rendent, sans cacher ce qu’ils pensent de leurs interlocuteurs. Ils parlent, à la fin du livre, des juifs sur le qui-vive, en attente malgré tout d’une « parole d’espoir ». Après les massacres du 13 novembre à Paris, mentionnés in extremis, ils terminent sur un gros point d’interrogation.

J.-L. S.

Albin Michel, 2016
238 p. 18 €