LA VIE ET LE DESTIN DE VASSILI GROSSMAN


Auteur d’ouvrages sur Franz Rosenzweig et Emmanuel Levinas, Salomon Malka ne publie pas tout à fait par hasard cet essai sur « la vie et le destin » de Vassili Grossman, l’auteur de Vie et Destin, un des maîtres livres du xxe siècle. En effet, Emmanuel Levinas, qui venait de Lituanie et connaissait bien la Russie, se référait souvent à cet auteur avec lequel il partageait des thèmes qui sous-tendent son éthique, à commencer par celui de la guerre (voir l’ouverture de Totalité et Infini qui vise une ontologie hégélienne inséparable de la guerre). Pour Salomon Malka, qui avait d’ailleurs réalisé un entretien avec Levinas sur Grossman initialement publié dans Esprit (mai 1996) : « L’œuvre de Grossman relate la fin du monde, la fin de ce qui constitue un monde. En Russie occupée, en Allemagne dans un monde dominé par l’Allemagne hitlérienne, à l’époque de la lutte pour la défense de Stalingrad, il a mis en relief ce que j’appelle précisément la fin du monde. » Ce thème majeur de la fin d’un monde, Malka le retrouve chez Grossman dans une nouvelle de 1953, intitulée Abel, qui évoque Hiroshima à travers le personnage d‘un pilote. Le 6 août 1945, alors que la bombe va être lancée, Abel se souvient que le monde doit « aussi » être protégé et il évoque la Bible : « Il s’était rappelé sa mère en train de lui lire les premières lignes de la Bible où Dieu, le bras tendu, passait dans un chaos où se mêlaient le ciel, la terre et l’eau. L’image d’un chaos informe avait également hanté ses rêves d’enfant : traversé par des volutes tourbillonnantes, à la fois lourd et léger, celui-ci était ténèbres et vue, glace éternelle de la mort, et apesanteur du ciel, masse noire des minerais, des terres et des eaux. »

CNRS Éditions, 2008
160 p. 20 €