L'Homme qui voulait être prince
Les vies imaginaires de Michal Waszynski
On connaît, grâce à Michel Ciment (les Conquérants d’un nouveau monde. Essais sur le cinéma contemporain, Paris, Idées/ Gallimard) le rôle des metteurs en scène européens exilés aux États-Unis avant la Deuxième Guerre mondiale : Joseph Von Sternberg, Erich Von Stroheim, Fritz Lang, Billy Wilder, les plus connus, ont contribué avec d’autres à « européaniser » Hollywood. Mais on ne connaissait pas encore le roman de la vie de Michal Waszynski (1904-1965). Né en 1904 dans un village pauvre, un shtetl de Volhynie, il part à Varsovie où il se fait connaître comme metteur en scène de navets à succès… mais aussi comme le créateur du chef-d’œuvre, mondialement reconnu aujourd’hui, du cinéma yiddish, le célèbre Dibbouk (1937). Après s’être engagé dans l’armée polonaise formée en Russie et placée sous les ordres du général Wladyslaw Anders, après avoir pris part à des combats, comme soldat mais aussi comme cinéaste, au Proche-Orient et en Italie (le périple de l’armée Anders est, selon l’historien Norman Davies, « une odyssée de la guerre moderne digne des Dix Mille de Xénophon »), il s’installe à Rome où il s’invente une personnalité tout autre. Se présentant comme un prince catholique d’origine polonaise, il devient l’ami du pape Pie XII, s’impose comme producteur, dé¬couvre des stars comme Audrey Hepburn. Bref, il devient le passage obligé des stars américaines et de cinéastes comme Orson Welles (au point de s’attribuer la coréalisation d’Othello) ou Joseph Mankiewicz qui tourne La comtesse aux pieds nus en Italie. Après Rome, il se déplace dans l’Espagne franquiste où il devient le principal collaborateur du producteur américain Samuel Bronston qui crée, grâce à des procédés financiers pas très nets favorisés par des accords avec le régime franquis¬te, un nouvel Hollywood dans l’Espagne de Franco. Participant à la production des principaux films produits par Bronston (Les 55 Jours de Pékin de Nicholas Ray, La chute de l’Empire romain et Le Cid d’Anthony Mann), le réalisateur du Dibbouk contribue, en s’appuyant donc sur le régime franquiste, à redorer après 1945 le blason du catholicisme dont le personnage du Cid, héros catholique incarné dans le film par Charlton Heston, est le symbole dans sa lutte contre les Maures (« Le Cid devient ainsi la pierre angulaire de la propagande franquiste. Le régime franquiste déclare le 30 janvier Le Cid d’“intérêt national”. La censure franquiste souligne que ce portrait est le parangon de la droiture espagnole »). Fasciné par les empires finissants, par le déclin historique, le « petit juif » de Volhydie reste un mystère que cet excellent livre, focalisé qu’il est sur l’histoire cinématographique, n’éclaire que secondairement. Mais, il est vrai, Le Dibbouk était un film sur l’influence du diable et la possession. « Le Dibbouk parle d’une âme possédée. Et c’est comme si Mischa avait été possédé à ce moment-là. Il reconnaissait que, depuis ce film, il n’était plus le même. » D’où la suite…
O. M.
O. M.