CHAOS CALME



Si l’on parle beaucoup de ce livre en raison de séquences particulièrement fortes (l’ouverture qui évoque le sauvetage d’une noyée et une scène sexuelle volontairement sauvage), c’est à décrire un état mental que ce roman est consacré. Un Milanais, Pietro Palladini attend, après la mort de sa femme, un événement qui ne survient pas. Convain­cu que sa fille va s’effondrer, il ne veut pas la quitter, il veut être là quand elle s’écroulera. C’est pourquoi il décide de s’installer dans sa voiture, un habitat et un lieu de travail équipé, restant près de son école toute la journée. De son habitacle, il observe l’espace environnant et toute l’activité du lieu, mais il accueille également toute une population, collègues, membres de la famille, la femme qu’il a sauvée de la noyade qui lui rend visite pour parler de leur « chaos calme ». Car, à sa grande surprise, chacun se trouve, comme lui, dans cette situation d’attente d’un événement qui n’arrive pas. Dans cet espace circulaire, la voiture, la place qui jouxte l’école, on tourne en rond comme dans un asile de fous où il n’y aurait plus de fous ni de grands délirants. Le chaos mental est calme, il correspond à un « drôle d’état » (Nanni Moretti, le cinéaste de Journal intime qui arpentait Rome en vespa en faisant mille cercles, n’a pas été choisi par hasard pour incarner le personnage dans l’adaptation cinématographique du livre) où l’événement attendu ne se passe pas, où la proximité de la mort est sans conséquences. Comparable à Samuel Beckett, pour qui la scène de théâtre est une place où rien ne peut se passer dans un cercle parcouru dans tous les sens, l’auteur introduit néanmoins des éléments romanesques pour capter l’attention du lecteur. Il a peut-être tort car la force de sa description initiale d’un « état de folie impossible » n’avait guère besoin de s’éterniser en se répétant trop longtemps par le biais des rencontres successives. Un rythme plus beckettien et moins romanesque n’était pas un défi impossible à relever pour cet auteur qui capte bien le mental contemporain.

O. M.

Grasset, 2008
512 p. 21,90 €