Le devoir du soldat
Autour de Sarah, les gens meurent. Sa mère, son père, son beau-père. D’autres s’abîment, se cognent, s’en vont. Elle qui ne sait jamais vraiment où est sa place, qui se fait chasser dès qu’il lui semble en avoir trouvé une, fait de la blessure une règle de vie. Elle donne son corps aux hommes, à la drogue, aux voyages, qui permettent de fuir les déchirures avant d’en créer d’autres. L’écriture est ici thérapie, mais on n’est pas dans l’autofiction pathétique et pompeuse. Il y a, dans cette vie d’enfant, de jeune fille, de jeune femme, dans ce style limpide et direct, une étrange énergie, qui nous emmène en Birmanie, en Chine, sur les talons des baskets de Sarah, que l’on prend toujours pour une gosse, Sarah qui, de la place Tian’anmen en 1989 au tsunami de 2004, nous entraîne avec elle dans le « monde des morts ». Le lecteur suit, médusé, cette silhouette mince et forte dans son trajet de souffrance, qu’elle sait rendre irrémédiablement vivant.
A. B.