Expulsions
Brutalité et complexité dans l’économie globale
On ne peut en rester à une approche strictement démographique ou économique des mouvements migratoires. Expulsions, le dernier ouvrage de Saskia Sassen, à qui on doit la Ville globale (un classique publié il y a déjà trente ans), en examine la diversité des causes. Ne se contentant pas d’actualiser la carte géographique des migrations, elle met en avant des facteurs, insuffisamment pris en compte, qui sont à l’origine des mouvements migratoires : à côté de l’emploi, de l’émigration économique, des saisies, de la pauvreté et des populations déplacées, elle s’attarde ainsi sur le nouveau marché global des terres (acquisition par la force, acquisition de terres à l’étranger dans le cas de Dubaï, à quoi on peut ajouter les guerres pour l’appropriation des terres sur la côte pacifique en Colombie). Mais elle insiste également sur la financiarisation des conditions d’accès au foncier et à l’immobilier. Par ailleurs, elle fait la lumière sur les pratiques d’empoisonnement de l’air et de la terre : aux « terres mortes », elle ajoute les « eaux mortes » (voir l’exemple de la mainmise sur l’eau de Nestlé). Ces éléments d’analyse dessinent une situation globale qui n’est pas le seul produit de l’action des États, mais celui d’une dynamique globalisée où converge une pluralité de flux. Les flux physiques de la migration la plus visible (et la plus dramatique) sont indissociables des multiples ressorts de la mondialisation contemporaine. Toutes ces analyses conduisent Saskia Sassen à parler d’une migration marquée par la généralisation des expulsions.
O. M.