Le Rose et le Bleu

La fabrique du féminin et du masculin. Cinq siècles d’histoire


L’intérêt principal de ce livre de deux historiennes réside dans la synthèse, particulièrement claire et large, qu’il propose de la «  construction des différences de sexe  », et qu’il le fasse en décrivant simultanément l’évolution du «  Rose  » et du «  Bleu  », le stéréotype (relativement récent) qui distingue les petits garçons et les petites filles. Les auteurs traitent leur sujet en cinq grosses rubriques, chaque fois menées du xvie siècle (ou même avant) à nos jours : la nature des sexes, la vie en société avec les droits et les statuts différents des deux sexes, l’éducation des garçons et des filles, l’«  apparence  » extérieure (du vêtement aux «  poils  »), les rôles et les places que chacun(e) doit tenir, où s’exercent les enjeux de pouvoir. Pour l’essentiel, les inégalités sont aujourd’hui largement connues et reconnues (encore qu’on en apprenne beaucoup dans le livre), mais les auteures montrent aussi la force des représentations inégales. Même quand les découvertes scientifiques bousculent les connaissances anciennes sur la sexualité humaine, les vieux schémas de pensée restent inchangés. Même quand le droit égalise les conditions masculine et féminine, le monde économique (pour les salaires) ne suit pas. Avec la complicité des femmes, la publicité entretient des comportements de genre… In fine, les auteures constatent qu’il y a malaise dans l’identité du Rose et du Bleu et qu’il est source d’angoisse, mais elles semblent approuver l’idée «  des féminités et des masculinités plurielles, favorisant des relations plus apaisées entre individus  », ainsi que la «  remise en cause des catégorisations binaires  » et la nécessaire «  invention de soi  », donc aussi – étrange contradiction – le risque d’accroître le malaise…

J.-L. S.

Belin, 2016
381 p. 23 €