MARC ROTHKO Corps de lumière
Trad. de l’anglais par Patrice Cotensin
À nouveau présent dans certaines librairies en raison de l’exposition Bernard Debré à Beaubourg, cet admirable texte publié à l’origine dans le Times Literary Supplement en 1998 rappelle la biographie de Marc Rothko, ce peintre venu des milieux rabbiniques de Russie, avant de le comparer à Matisse (« Son œuvre est moins variée que celle de Matisse, mais elle possède une force morale, émotionnelle, traversée d’un pathos sensuel qui en fait quelque chose d’unique dans l’histoire de la peinture ») et de spécifier son originalité au sein de l’expressionnisme abstrait. Reprenant une impressionnante déclaration de Rothko qui en était pourtant avare (« Je pense mes peintures comme des pièces de théâtre : les formes dans les peintures sont les interprètes. Ils sont nés de la nécessité d’un groupe d’acteurs capables de se mouvoir théâtralement sans gêne aucune et d’exécuter des gestes sans honte »), le texte souligne que Rothko, dont les « peintures sont aussi théâtralement figuratives que celles de Rembrandt », se démarquait d’un Barnet Newman qui, lui, préconisait une dissolution du rapport figure-fond « afin de parvenir à un pur état métaphysique ». À distance de cette abstraction, Rothko, un désespéré qui luttait contre les pressions du nocturne avec les couleurs, voulait mettre en mouvement des personnages/ interprètes susceptibles d’échapper à la honte comme dans un combat existentiel grâce au récit du peintre.
O. M.