L’ART DE LA MÉMOIRE, LE TERRITOIRE DE L’ARCHITECTURE


L’auteur de cet opuscule, souvent cité mais devenu introuvable, est à l’origine d’une expression, « le site précède le programme », qui a fait florès dans certains milieux de l’urbanisme et de la création paysagère. La notion de site, réfractaire à l’opposition entre un centre-ville et une périphérie, « envisage » l’espace urbain en fonction d’un territoire large qui n’est pas aspiré par un centre mais fait coexister des espaces multiples. D’où la prise en compte d’un « sub-urbanisme » qui se distingue du « suburbain » anglo-saxon – à savoir les périphéries successives, les suburbs – et renvoie à une conception approfondie du territoire renvoyant à plusieurs caractéristiques : « Le sub-urbanisme pointe vers un tiers état du territoire, celui qui se situe entre ville et campagne, celui où nous passons une grande partie de nos existences. Il met en question le concept d’un urbanisme rivé sur la ville centre. Il identifie la suburbia comme la patrie de l’architecture de paysage. Il fait signe vers le substrat de nos pratiques d’aménagement et montre le site, le paysage comme l’infrastructure dont le sens est engagé dans tout projet. » Cette appréhension du site s’accompagne de quatre dispositions susceptibles de guider le travail de l’urbaniste : « La mémoire ou anamnèse des qualités du site, la vision du site comme processus, la lecture en épaisseur, et non seulement en plan, la conception du site comme champ de relations et non pas comme arrangement d’objets. » Les quatre chapitres destinés à éclairer les ressorts multiples du sub-urbanisme portent successivement sur un ouvrage – l’Art de la mémoire – de Frances Yates, sur la relecture de la métaphore romaine par Freud (Rome comme ville palimpseste), sur le récit d’un artiste américain, Robert Smithson, qui s’aventure en 1967 dans ce qu’il appelle un « non-site » (des friches en tous genres qui ne sont pas moins un territoire suburbain), et sur l’examen d’un petit parc réalisé par G. Descombes dans une banlieue de Genève. Par ailleurs Sébastien Marot annonce qu’à sa formule, « le site précède le programme », il faut ajouter son envers, « le programme précède le site ». C’est énoncer un lien (objet des travaux actuels de l’auteur) entre le sub-urbanisme et un sur-urbanisme qui est l’urbanisme contemporain décontextualisé version Koolhas. Ce qui est moins évident…

O. M.

Éditions de la Villette, 2010
144 p. 14 €