Dictionnaire amoureux du journalisme
L’auteur annonce d’emblée la couleur : « Ce dictionnaire n’est pas un essai » sur les médias, le journalisme, la communication, la révolution numérique mais « une pérégrination historique qui permet de lever quelques lièvres et d’actualiser bien des débats ». Très riche et séduisante, la pérégrination offre bien des détours et des voyages. Elle concerne d’abord l’auteur lui-même, qui propose une entrée « Serge July » qui n’a rien de narcissique et est fort éclairante pour comprendre le parcours de celui qui a longtemps dirigé Libération et a même été l’un des Guignols (voir l’entrée Guignols de l’info). Elle concerne ensuite les conditions de la création de Libération en pleine période maoïste (voir Populisme 2, Jean-Paul Sartre) et « les années Libé » qui ont suivi. July revient sur bien des péripéties (voir Claviste), sur bien des erreurs et des fascinations (voir l’entrée sur Marguerite Duras et l’affaire Villemin, et l’entrée « élyséenne » François Mitterrand). De ce voyage à travers la presse et Libé, il ressort que July a toujours aimé la presse écrite mais dans des versions fort contrastées : la plus populaire (voir Lazareff et Café du commerce), la plus iconoclaste (J.-F. Bizot, New Journalism avec des pages fulgurantes sur Hunter Thompson, le journalisme dopé qualifié de « pur gonzo ») et la plus enquêtrice (Michael Herr, García Márquez). De cela, il faut quand même conclure que le Libération de July a été selon lui (et à raison) le titre important des années 1980-2000 (July a été sorti de Libé en 2006) et que les doutes pèsent lourdement sur le devenir de la presse écrite et sur le métier (il est peu amène sur le numérique !). Mais tous ces précieux éclairages et portraits vivants qui portent sur trois décennies (1968-2000) donnent l’occasion à July de « faire du July ». Et de dévoiler bien des passions. Parmi lesquelles : le respect des écrivains journalistes (parmi tous ceux qu’il évoque – de Defoe à Conrad, de Dumas à Simenon, de Kessel à Camus, de London à Mauriac – deux entrées remarquables sont consacrées à deux reporters de guerre dont les destinées politiques divergent : Vassili Grossman et Malaparte) ; et la passion du cinéma, qui nous vaut une entrée Billy Wilder où il évoque le Gouffre aux chimères (voir aussi des entrées de films comme Vacances romaines ou Citizen Kane, mais pourquoi l’homme cinéma de Libé, Serge Daney, est-il oublié ?). On a l’impression de lire des éditoriaux de July, des centaines à la suite… et cela fait du bien !
O. M.