La ville par le vide
Dans le sillage du philosophe Henri Maldiney ou de l’architecte Henri Gaudin, Serge Renaudie propose une double réflexion sur le vide et sur le site afin de mieux penser ce qu’il en est de la nature de la ville et de réfléchir à ce que les professionnels appellent le projet urbain. Le vide et le site, l’un ne va pas sans l’autre, et la ville ne peut se passer ni de l’un ni de l’autre. Comme s’il fallait faire le vide pour faire l’expérience d’un site urbain : « Même vide ou démolie de ses bâtiments, une ville exhale un parfum bien à elle. Celui qui expérimente le vide de la ville, ressent d’autant plus cette flagrance qui en suinte. À s’y promener, on sent quelque chose s’en échapper, un fluide, une onde, une aura… » Architecte de métier, l’auteur rappelle que l’architecte ne doit pas remplir un vide préalable, boucher les trous mais créer des espaces en respectant le vide qui fait le lien entre tous les lieux. « Le vide est plein de relations qu’entretiennent les habitants d’une ville. Le vide n’est pas l’espace vacant […], il est temps dans la mesure où tout y est en mutation. » Véritable chambre d’écho de ce petit manifeste, l’anthropologue Jean-Yves Petiteau traverse « à vide » des quartiers et des territoires de la ville de Nantes pour joindre les deux sites de la Madeleine et du Champ-de-Mars. Mais il ne le fait pas seul, il entreprend cette marche avec des artistes, des politiques, des architectes (mais avec trop peu d’anonymes et d’inconnus…). Placée entre autres sous l’égide de Michel de Certeau et de Fernand Deligny, cette marche anthropologique parvient, photographies et conversations aidant, à montrer autrement une ville qui souffre d’être aujourd’hui un peu trop sous les projecteurs.
O. M.