La fin de l’intellectuel français ?
De Zola à Houellebecq
Le point d’interrogation du titre ne trompe évidemment personne : la fin de l’intellectuel français est annoncée dans un livre qui n’est pas charitable pour tout le monde. Mais on ne pouvait attendre moins de Shlomo Sand, historien engagé, très critique et controversé dans son propre pays, Israël. La première partie, de loin la plus longue, va de Zola (même si elle commence avec Voltaire) à Sartre, Foucault et Bourdieu. Cette histoire a fait l’objet de nombreux livres et articles d’autres auteurs. Sand rappelle utilement que l’intellectuel par définition « de gauche » et à la Zola est un mythe, dès l’affaire Dreyfus. La lucidité politique ne fut pas, loin de là, toujours à la hauteur des défis de l’heure. Mais cette partie est surtout intéressante par les réflexions sur la spécificité intellectuelle française et sur les théories du rôle des intellectuels par rapport aux institutions (pouvoirs politiques, partis) et au « peuple » qu’ils sont censés éclairer. Sur les raisons d’un déclin, on partagera volontiers ce que dit Sand du rôle des médias audiovisuels d’abord (y compris du cinéma), puis d’internet, qui sélectionnent précisément l’« intellectuel médiatique » aussi en fonction de ses qualités de communicant. À noter que selon l’auteur, Aldous Huxley et son Meilleur des mondes sont plus éclairants sur ce qui se passe aujourd’hui qu’Orwell et 1984, constamment invoqué. La fin de cette histoire fait un sort à Houellebecq et Charlie d’une part, à Finkielkraut et Zemmour d’autre part. Des « fans » de Houellebecq et de Charlie seront peut-être surpris par la démonstration assez convaincante de leur islamophobie (qui ne serait donc pas que littéraire ou « caricaturale »). Quant à Finkielkraut et Zemmour, Sand critique surtout leur instrumentalisation de l’histoire (y compris personnelle) pour asseoir leurs théories sur l’identité française.
J.-L. S.