BABEL
Architecture, philosophie et langage d’un délire
Faut-il rapporter Babel au « babil », en faire le mythe de l'impossibilité des hommes à communiquer entre eux ? Faut-il babéliser Babel et sacrifier au relativisme ? En s'appuyant sur le Babel de Paul Zumthor et sur les analyses du bibliste Paul Beauchamp, l'auteur propose un commentaire avisé du texte de la Genèse. Ce qui ne surprend pas de la part de Silvano Petrosino qui est l'auteur de deux ouvrages consacrés à de grands commentateurs (le talmudiste Emmanuel Levinas et le dé-constructionniste Jacques Derrida). De sa lecture de la Genèse il retient que l'être humain cherche à s'« établir » (dans une maison susceptible d'être un lieu d'hospitalité), qu'il n'est pas un nomade permanent et que cette volonté de s'établir le conduit à construire. Or, la construction peut aviver le désir idolâtre de se rapprocher de Dieu et donc de monter le plus haut possible, ce dont témoigne la tour de Babel comme les gratte-ciel contemporains qui rivalisent de hauteur (en tout cas jusqu'à la faillite de Dubaï). C'est donc à une réflexion fort originale sur les liens entre le haut et le bas (et non pas sur l'incompréhension horizontale du fait de la pluralité des langues) que l'auteur nous convie en nouant la question de la langue et celle de l'habiter. Dans ce fort beau livre (digne de la tradition des meilleurs essayistes et commentateurs italiens comme Pietro Cittati et Gustavo Macchia), S. Petrosino affirme la nécessité de penser simultanément la création et la séparation, c'est-à-dire de ne pas se prendre pour Dieu Le Très-Haut. Alors que le xxe siècle a connu bien des égocrates divinisés.
O. M.
O. M.