CAPACITAS
Contract Law and the Institutional Preconditions of a Market Economy
Regroupant des textes en anglais et en français, cet ouvrage collectif a le mérite de se risquer sur le plan conceptuel. Double risque au demeurant : promouvoir tout d’abord, dans le sillage d’auteurs aussi différents que l’économiste Amartya Sen ou le philosophe Paul Ricœur, le concept de « capacité » en rappelant sa signification et sa pertinence dans l’histoire du droit romain ; s’inquiéter parallèlement de la possibilité de privilégier ce terme dans le langage du droit et de la politique européenne. En effet, celui qui veut lutter contre le poids de la spécialisation et de la technicisation n’a peut-être pas d’autre choix que de faire des propositions dans l’ordre du langage. La politique passe par des mots qui ne sont pas tous condamnés à succomber aux artifices de la rhétorique. Critiquant le recours à la notion hybride de flexisécurité par le vocabulaire communautaire, Alain Supiot, l’auteur de Homo juridicus, résume l’esprit de ce livre en manifestant sa préférence pour le terme de capacité. Celui-ci « combine et hiérarchise d’une part la sécurité de l’état des personnes, et d’autre part leur aptitude à agir librement » : « La dimension biophysique de l’être humain (sa “contenance”, son utilité) s’y trouve associée à la reconnaissance de ses aptitudes premières à la liberté. »
O. M.