Rouvrir le roman


Pour Sophie Divry, les écrivains ont déserté la théorie littéraire. Or un auteur doit pouvoir expliquer ses choix à son éditeur et « sans effort théorique conscient, une théorie inconsciente s’installe dans l’espace littéraire », pleine de toutes les idées reçues de l’époque : l’importance du style singulier de l’auteur, l’usage exclusif du présent de narration, le roman comme outil de rédemption sociale, la « voie ascétique, obsessionnelle et soustractive » héritée du Nouveau Roman. Pour s’en détacher, il faut admettre que « prendre conscience de son art de manière un peu plus intellectuelle ne s’oppose pas à la voix intérieure de l’écrivain ». Certains auteurs cherchent l’innovation sur le plan de la typographie (Raymond Federman ou Jacques Roubaud), d’autres emploient la force du comique (Edgar Hilsenrath). Sophie Divry prend le parti d’un roman « à haute dose », qui chercherait plutôt l’augmentation que la soustraction et le minimalisme. L’essai de Sophie Divry propose ainsi une insurrection joyeuse contre des poncifs encombrants.

Antoine Hardy

Noir sur blanc, coll. « Notabilia », 2017
208 p. 14 €