COMÉDIES FRANÇAISES.
Portrait de la France qui rit, de La grande vadrouille aux Ch’tis
Le critère consistant à ne retenir que des films ayant provoqué un effet de masse en mobilisant au moins quatre millions de spectateurs en salle (alors que le rapport à la salle de cinéma a changé en quelques décennies) inclut des films peu significatifs (Les bidasses en folie sont un remake des comédies militaires à la Robert Lamoureux, Marche à l’ombre n’est pas un Macadam cow-boy à la française, Le dîner de cons aurait attristé Feydeau), mais il exclut aussi des films comme Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré (un film culte qui ose montrer avant Albert Dupontel que les pauvres peuvent être méchants), les Oss 17 avec Jean Dujardin (qui renouvellent l’art de la parodie et se jouent de la blague ethnique) ou Palais-Royal de Valérie Lemercier (qui fait de la principauté de Monaco un haut lieu de l’empire télévisuel). Mais cela n’enlève rien au mérite d’un livre qui rappelle que le cinéma comique a autant droit de cité que le film social, qu’il ne relève pas seulement d’un « bas-art », et que le rire exige de recourir à des comédiens formés ailleurs qu’au cinéma, ce dont témoigne le rôle joué, après les années Louis de Funès (dont la carrière est ici indissociable des années gaullistes), par les cafés-théâtres et divers espaces d’improvisation féconds (voir le Splendid ou le Café de la gare). Si l’ouvrage éclaire bien la force des thèmes comiques (dont la dimension sociale est majeure comme le montre le succès des Ch’tis ou le nombre de films relatifs à l’homosexualité depuis La cage aux folles), il permet de comprendre la difficulté de conduire des carrières comiques, à commencer par le cas de Coluche lui-même qui ne se fera connaître au cinéma qu’avec Tchao Pantin, un film à l’allure plutôt dramatique. Car, ce fut le problème de Louis de Funès en dépit de Gérard Oury, on ne peut pas dire que les metteurs en scène comiques sont très nombreux en France. D’où les carrières éphémères et les remakes ratés (Rien à déclarer de Dany Boon ne tient pas la route après les Ch’tis), le comique théâtral et froid à la Francis Veber et la difficulté à percevoir un cinéma comique plus radical que des comédies dont l’effet de masse recherché calme l’aspect sulfureux la plupart du temps.
O. M.