EXERCICE EN CHRISTIANISME
Trad. Vincent Delecroix
Publié en 1850, l’Exercice en christianisme constitue, avec la Maladie à la mort, le dernier grand ouvrage pseudonyme de Kierkegaard. Sous le nom d’Anti-Climacus, le philosophe danois y présente le christianisme selon son « plus haut degré », celui qui met en rapport, et aussi en contradiction, une subjectivité avec la vérité absolue. Ce livre est constitué de trois grandes méditations qui se situent à égale distance du traité et de la prédication et qui déclinent toutes à leur manière le thème christique de l’invitation au salut. On y trouve exposées dans un style limpide les dimensions propres au « point de vue religieux » supérieur : le scandale (l’absolu dans le temps et dans un homme singulier), l’effort subjectif (le « devenir chrétien » préféré à l’apologie érudite et sûre d’elle-même) et la critique des institutions religieuses (la chrétienté comme trahison du christianisme). La première étude, qui prend pour thème la parole « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui ployez sous le fardeau, je vous donnerai le repos », est sans doute la plus intense parce qu’elle insiste autant sur la douceur du don que sur l’intransigeance de l’appel. Elle définit au mieux ce qui fait la spécificité du christianisme aux yeux de Kierkegaard : un salut venant d’un être « abaissé » et la promesse d’une consolation sans réconciliation. C’est sur la base de cette identité entre « le secours » et « celui qui secourt » que s’édifie toute la critique des formes advenues de religiosité qui tendent à privilégier les moyens de grâce sur le don gratuit (et à ce titre intolérable). On pourra regretter la quasi-absence d’appareil critique (pas de bibliographie, très peu de notes), même si elle contribue finalement à restituer au texte son caractère intempestif. Loin des platitudes sur la « philosophie de l’existence » et sur le « héros du christianisme », ce livre contribue à restituer le message chrétien en examinant les raisons qui le situent à la limite de l’inaudible.
M. F.
M. F.