Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes


Ce n’est pas un hasard s’il existe un certain air de famille entre les mouvements de révolte qui ont permis de renverser Milosevic en Serbie, la révolution orange de Kiev en 2004 ou l’occupation de la place Tahrir au Caire… Militant du mouvement Otpor ! (« Résistance ! ») à Belgrade, l’auteur explique ici en effet comment les pratiques non violentes, inspirées de l’universitaire américain Gene Sharp, ont été diffusées par son groupe auprès de militants démocrates dépourvus de toute organisation. Ce livre se présente à la fois comme un manuel de subversion politique non violente à destination de ces militants (« Voyez grand mais commencez petit », « Rire jusqu’à la victoire ») et comme une passionnante histoire politique parallèle de la dernière décennie puisqu’il met en lumière les relations souterraines entre la fin de la démocratisation de l’Europe de l’Est et le début du printemps arabe. Alors qu’on a beaucoup parlé de l’usage des outils numériques dans ces mouvements, le livre met plutôt l’accent, pour une génération qui baigne naturellement dans les technologies nouvelles, sur l’usage de l’humour et le refus d’héroïser une petite minorité activiste. Il s’agit en effet d’élargir l’action non violente en proposant à des cercles toujours plus larges de citoyens, apeurés par l’habitude de la répression, des modes d’action réalistes et accessibles, qui finissent par emporter un nombre critique de manifestants dans le refus du régime en place. A contrario, ces recommandations font aussi comprendre l’échec de mouvements qui n’ont pas su entrer dans cette dynamique comme Occupy Wall Street ou la révolution syrienne.

M.-O. P.

Payot, 2015
288 p. 15 €