Fils unique


L’auteur, à juste titre très remarqué, de la Théorie des nuages, n’est pas du genre à donner dans le refrain du « retour du récit » pour se démarquer des arabesques et narcissismes de la littérature contemporaine. Mais dans ce premier roman, sa plume surlignait une capacité de se déplacer, de voyager, de composer des personnages originaux car obscurs, mais aussi de s’aventurer dans les secrets de la sexualité féminine sans voyeurisme excessif. Comment s’étonner qu’il se penche dans Fils unique sur l’histoire d’un personnage, libertin débauché qui vit successivement à Genève, dans le midi de la France et à Paris, qui n’a d’historique que son nom propre parce qu’il est le frère de Jean-Jacques Rousseau ? Les séquences se succèdent où François Rousseau, le frère à peine mentionné dans l’œuvre pourtant très « autobiographique » du vertueux Jean-Jacques, s’acoquine avec des individus qui, souvent des savants, des matérialistes pour lesquels le corps est une mécanique, sont toujours des gens de forte sensualité. Autant de « doubles » du rigoureux Jean-Jacques dont la Révolution, l’arrière-plan historique du livre, marque l’apothéose. Le livre se lit d’une traite, on regrette pourtant que le narrateur heureux et intrépide qu’est Audeguy ne prête que peu d’attention à ce pauvre Jean-Jacques, un falot ennuyeux et dépressif en regard de son libertin de frère. Car il est évident que François est le frère siamois de Jean-Jacques, que l’un ne va peut-être pas sans l’autre pour qui veut comprendre le XVIIIe siècle et ses suites révolutionnaires. Mais faut-il demander à la plume d’un écrivain de faire semblant de philosopher ?

O. M.           
Gallimard, 2006
274 p. 17,50 €