GUS VAN SANT


Cinéaste associé à sa ville de Portland, cinéaste fasciné par l’adolescence et la question de l’éducation… Gus van Sant est difficile à saisir au-delà des clichés. L’un des mérites de cet ouvrage, qui rappelle que le cinéma donne plus que jamais à réfléchir, est d’abord de mettre en ordre les films de Van Sant (soit trois cycles de quatre films : le cycle de la route et de la drogue − de Mala Noche à Even Cowgirls get the Blues −, le cycle hollywoodien des grosses productions − de Prête à tout à À la rencontre de Forrester −, puis le cycle le plus célèbre, celui de la mort − Gerry, Elephant, Last Days, Paranoid Park). Outre le fait que le livre montre bien les liens du cinéaste expérimental avec les grosses productions (l’explication concernant les raisons du remake de Psychose de Hitchcock est convaincante), sa volonté très américaine de jouer sur des publics divers (comme Tim Burton dans un autre registre qui sait associer avant-garde et public large), les auteurs s’arrêtent de manière fort intéressante sur chaque film (l’incapacité de sortir de la maison, de s’exposer au dehors dans Drugstore Cowboy, le thème de la route dans My own private Idaho, la place du désert dans Gerry…). Mais l’argumentaire concernant Paranoid Park (un skater est à l’origine de la mort d’un cheminot coupé en deux par un train) est le plus éclairant puisqu’il fait comprendre les raisons pour lesquelles l’enfant ne veut pas avouer (pour ne pas rentrer dans le cycle, dostoïevskien et hitchcockien, de la faute et de l’aveu). « En adoptant un roman visant à abolir le maillage de convention entre la faute et la punition, Gus Van Sant retrouve un questionnement qui lui est cher : comment dépasser le modèle fictionnel hitchcockien − son regard en surplomb et son organisation en théâtre de marionnettes ? Dans Paranoid Park, les pantins humains ne tiennent plus par aucun fil. Il y a du chagrin, de la dépression dans cette déréliction. Mais aussi la possibilité d’une émancipation. » Et cette émancipation aurait à voir avec la douceur qui est « une certaine proximité, une façon de penser le cinéma comme un art patient de l’approche, un rêve de communauté pour soi et pour l’autre, plus que de l’amitié, moins que de l’amour, mais comme une tentative de définir à neuf le mot ensemble ». Gus Van Sant et ses « ados » qui ne sont pas des héros essaient de se persuader en douceur que le dernier jour n’est pas arrivé.

O. M.

Éditions Cahiers du cinéma, 2009
206 p. 35 €