Critique de l'antinaturalisme
Etudes sur Foucault, Butler, Habermas
L’antinaturalisme désigne les pensées attachées au modèle de l’arrachement de l’homme à la nature, et à l’idée que la nature, en particulier comme « nature humaine », serait une construction historique. Elles handicapent la réflexion sur les enjeux contemporains de l’écologie, des biotechnologies, de la redéfinition des sexualités, des évolutions de la pratique médicale et des nouveaux rapports au corps, qui supposent de repenser le rapport à la nature. Stéphane Haber, maître de conférence en philosophie à l’université de Besançon, tente d’assumer la négation de l’antinaturalisme, non dans un retour à un naturalisme naïf, mais en proposant une synthèse, comme négation de la négation opérée vis-à-vis de la nature. Il propose ainsi des concepts et des problématiques cohérentes en faveur d’une « philosophie sociale de la nature ». Il le fait en relisant de manière précise et critique les textes de trois auteurs antinaturalistes majeurs : Foucault, Butler, Habermas, manifestant les points aveugles de leurs pensées, comme leurs perplexités vis-à-vis d’une expérience corporelle ou vitale préréflexive. Ainsi Haber, dans cinq chapitres, met en valeur : (1) l’expérience éthique du corps propre, qui éveille à la fois attention et désir de maîtrise, présent chez Foucault ; (2) la thèse butlerienne de la vulnérabilité de corps agressés qui cherchent à réaffirmer politiquement leur puissance d’agir ; (3) la référence à l’espèce naturelle, chez le premier Habermas ; (4) l’importance d’une ouverture dialogique avec la vie animale, chez le deuxième Habermas en dialogue critique avec le marxisme et avec H. Jonas ; (5) l’affirmation de la vie comme pouvoir d’engendrement anonyme qui importe à notre liberté, et au respect des générations futures, dans l’Avenir de la nature humaine. Au terme de sa démarche, il semble que le professeur de Besançon suive le troisième Habermas plutôt que Foucault ou Butler, parce que celui-ci pense la consistance d’une parole politique sur la nature et échappe aux apories sur lesquelles buttent les autres. L’originalité de la démarche enracinée dans le mouvement des pensées antinaturalistes, la fiabilité de leur interprétation, ne manquent pas d’intérêt.
Pierre Benoît
Pierre Benoît