LE RETRAIT DE L’ÉTAT.
La dispersion du pouvoir dans l’économie mondiale
L’hypothèse du livre − « Les frontières territoriales des États ne coïncident plus avec l’étendue ou les limites de l’autorité politique sur l’économie et la société » − souligne la disjonction contemporaine du pouvoir et de l’autorité. Ce qui renvoie dos à dos, la préface de Bertrand Badie le montre clairement, les tenants réalistes qui rappellent à l’ordre des États, et les partisans d’une gouvernance mondiale, puisque les États conservent certaines prérogatives tout en ayant perdu nombre de leurs fonctions et missions traditionnelles. Ils sont en effet à l’origine du processus de globalisation qui s’est retourné contre eux alors même qu’ils exercent toujours le pouvoir sur le plan de la sécurité. Pour saisir ce que l’État fait ou non, l’auteur met en scène les quatre catégories d’acteurs, qui déstabilisent l’État, et sur lesquels repose son hypothèse : « Ceux qui, disposant d’un pouvoir sur l’ensemble des valeurs du système, exercent ou menacent la sécurité “dans” et “hors” des frontières, ceux qui peuvent accorder ou refuser le crédit, ceux qui contrôlent l’accès à la connaissance et à l’information, et sont à même de définir la nature du savoir, mais aussi la structure de production en fonction de laquelle se décide ce qui va être produit, où et par qui, et à quelles conditions. » Susan Strange est décédée il y a quelque temps, Christian Chavagneux, qui dirige la revue L’Économie politique et fut son élève, reviendra dans Esprit sur cette œuvre qui devrait jouer un rôle majeur dans les débats relatifs à l’économie et à la géopolitique.
O. M.