De Pontigny à Cerisy

Des lieux pour "penser ensemble"


L’intérêt majeur de cet ouvrage collectif est de rappeler les liens entre Cerisy, un espace désormais mythique pour les intellectuels des années 1960-1970 où le nouveau roman, le structuralisme ont été en partie inventés et réinventés dans un climat inédit de bouillonnement intellectuel, et Pontigny, qui fut fondé bien avant, en 1910. Organisé en 2010, cent ans après la première décade de Pontigny, le colloque intitulé « Pontigny-Cerisy » fait donc le lien entre les deux lieux et souligne le rôle décisif mais méconnu de Paul Desjardins, l’homme qui est à l’origine des décades de Pontigny dont Cerisy est le prolongement à partir de 1952. Tout en mettant en scène les liens de Paul Desjardins et d’écrivains de la Nrf comme André Gide et Jean Schlumberger, l’ouvrage s’intéresse à la dimension pédagogique et intellectuelle de Desjardins, qui participait de l’esprit des mouvements d’éducation populaire et humaniste. À partir de 1952 commence une nouvelle histoire des décades avec Cerisy, et avec elle émerge un nouveau type d’intellectuel et d’écrivain qui se distingue des deux figures du pédagogue/formateur et de l’universitaire soumis à des normes disciplinaires et académiques. C’est pour cette raison que les revues ont souvent joué un rôle majeur tout au long des décades de Cerisy (voir à ce propos les interventions de Françoise Gaillard et Daniel Lindenberg). Très à l’aise avec les intellectuels des années marquées par Heidegger puis par les G. Deleuze, J.-F. Lyotard, J. Derrida… avant d’accueillir plus tardivement E. Lévinas, P. Ricœur de leur vivant et Stanislas Breton après sa mort, Cerisy se distingue par son respect des auteurs mais aussi par sa capacité à saisir les problèmes du temps. D’où la force de ces décades à la fois capables de former des concepts, de saluer des talents neufs et de s’aventurer dans des dérives interdisciplinaires dont Maurice de Gandillac fut longtemps un orfèvre. Ce type d’espace indispensable jouira-t-il encore longtemps de la reconnaissance nécessaire alors que les universités, longtemps à distance de ce type d’espaces publics, créent des pôles interconnectés qui leur suffisent à débattre en vase clos ? Au risque de ne plus reconnaître ceux qui sont des penseurs ou écrivains hétérodoxes, indépendants et atypiques… bref le type d’intellectuel ou d’écrivain qui fréquentait Cerisy. On a aujourd’hui besoin de nouveaux Cerisy.

O. M.

Herman, 2011
574 p. 23 €