Renouveau des jardins: clés pour un monde durable?
Cet ouvrage, issu d’une décade de Cerisy, représente une belle somme sur l’art des jardins contemporains. À distance des réflexions de tous ordres qui pullulent aujourd’hui sur les paysages et sur les pratiques jardinières renaissantes, ce livre-jardin met essentiellement l’accent sur le « durable » : il rappelle d’abord que les jardins ont une longue histoire, dont l’Europe n’a pas le privilège (voir l’intervention d’Augustin Berque sur le jardin lettré chinois), il souligne ensuite les manières diverses et fertiles dont le jardin associe le local et le global (d’où les discussions autour des « concepts » et « conceptions », proposés par Gilles Clément, de « jardin planétaire » ou de « jardin en mouvement », bien à distance de la notion passe-partout d’environnement), et il s’interroge enfin sur le rôle et la place du jardin face aux pressions de l’urbanisation contemporaine (le géographe Paul Claval avoue son scepticisme : « Si le jardin renaît depuis une génération, pour l’agrément qu’il procure, il ne tient pas dans le projet urbain une place comparable à celle qu’avaient les jardins et les parcs à la fin du xviiie siècle »). Puis le livre-jardin « se perd », au meilleur sens du terme, dans les expériences buissonnières et solidaires d’aujourd’hui et dans les jardins utopiques du xixe siècle. Si Édith Heurgon, fidèle à ses convictions, évoque une « prospective jardinière », cet ouvrage collectif est avant tout le récit d’une « expérience » qui s’est tenue à Cerisy, dans la bibliothèque et dans le jardin mais aussi dans les jardins d’alentour (voir aussi Inventer des plantes, École nationale du paysage de Versailles, mai 2014, no 26, www.actes-sud.fr).
O. M.