VERS UN MANAGEMENT POST-BUREAUCRATIQUE

La réforme de l’État, une réforme de société



 Depuis une vingtaine d’années, la réforme de l’État est un thème obligé du discours politique. Bien peu nombreux sont pourtant les vrais spécialistes du sujet, ayant pris la réelle mesure des difficultés à surmonter et capables de proposer des voies concrè­tes pour avancer. Sylvie Trosa fait partie de ceux-là. Son livre ne se limite pas au rappel d’un diagnostic rebattu sur les blocages de l’appareil public, le mépris des usagers, le poids des corporatismes, la sous-productivité, les doubles emplois et autres gaspillages. Exemples étrangers à l’appui, elle montre que la clef de toute modernisation réside dans la création des conditions structurelles d’un management par les objectifs et les résultats. Il convient, au premier chef, de clarifier les responsabilités de chacun dans la gestion des services, ce qui passe par « un plus grand formalisme dans les rapports entre le politique et l’administratif », totalement contraire aux ha­bitudes françaises (où l’immixtion des cabinets ministériels dans le travail administratif est permanente). Responsabiliser les hauts fonctionnaires sur la manière dont ils utilisent l’argent public devrait aller de pair avec une compétition plus ouverte et plus transparente pour l’accès aux postes de responsabilité. La bonne gestion des ressources financières est donc indissociable d’un nouveau management des hommes. Rien ne sera possible sans un assouplissement des règles de la gestion statutaire. En cette matière délicate, Sylvie Trosa montre que l’on pour­rait faire bouger les choses sans remet­tre en cause la sécurité de l’emploi public et prendre le risque d’un grand soir libéral, auquel nul ne songe d’ail­leurs vraiment. Reste que, pour limitées qu’elles soient, les réformes proposées se heurteraient vraisemblablement à de fortes oppositions, pas seulement de la part des syndicats. En fin de compte, même s’il se veut pragmatique, ce livre démontre presque à son corps défendant que la réforme de l’État ne peut aller sans changements dans notre culture politique.
B. P.
L’Harmattan, 2006
284 p. 24 €