La disparition de Jim Sullivan


Le roman américain semble être devenu un genre à part entière de la littérature française. Maylis de Kérangal (Naissance d’un pont, 2012), Antoine Bello (Roman américain, 2014) et bien d’autres ont écrit des œuvres qui veulent, non pas imiter, mais répliquer, adapter une littérature qui fascine et qui a du succès. Tanguy Viel s’y est donc lui aussi lancé ; mais pas n’importe comment. Son roman n’est pas un roman américain, c’est l’histoire d’un écrivain français qui écrit un roman américain et le ponctue de remarques distancées et ironiques (« c’était le début de la guerre en Irak – de ce genre d’événements qu’on ne passe pas sous silence quand on est américain »), tout en construisant une intrigue et des personnages, bien américains. On est à Détroit, dans la tête de Dwayne Koster, professeur de littérature divorcé qui se retrouve mêlé à une affaire louche en tentant de reconquérir sa femme. Le problème, dans ce livre – et ce qui le rend intéressant –, c’est que l’auteur se protège par le second degré. L’intrigue et les personnages sont caricaturaux ? Normal, c’est du pastiche. Pourtant, le narrateur est lui-même pris par le plaisir de ce qu’il raconte. In fine, on a l’impression que cette mise à distance est aussi un aveu d’échec : j’aurais tant aimé écrire un vrai roman américain. Mais je n’ai pas pu. Alors, j’ai pris le masque de l’ironie. En bon Français.

A. B.

Les Editions de Minuit, 2013
153 p. 14 €