LE GOÛT DE LA TÉLÉVISION

Anthologie des Cahiers du cinéma



 Proposant un choix de textes extraits des Cahiers du cinéma, Thierry Jousse rappelle que la revue créée en 1951 a comme premier titre Les Cahiers du cinéma et du télécinéma. « Autrement dit, c’est parce que les Cahiers aiment le cinéma qu’ils sont allés scruter les écrans de télévision. » Cette relation effective et affective, ce « goût » pour la télévision, qui contraste avec l’idée d’un mépris total pour une télévision d’abord valorisée parce qu’elle introduit « le direct » dans le domaine des images, permet de saisir la singularité de deux moments. Le premier, correspondant aux années 1970 dont le numéro spécial de 1981 consacré à la télévision témoigne de l’état d’esprit (nous y avons fait référence dans l’ensemble d’Esprit de mars-avril 2003 consacré à la télévision), considère que la télévision n’est pas naturellement mauvaise sur le plan esthétique et du contenu mais qu’elle est prise en otage par l’État et le pouvoir politique. Le second, celui qui se focalise sur ce que Jean-Louis Missika appelle « la fin de la télévision » et valorise l’internaute aux dépens du zappeur, renvoie aux mutations les plus récentes qui passent par internet et les nouvelles technologies. « En gros, le zappeur est un personnage déjà périmé au profit de l’internaute qui, de plongées en apnée en raids souterrains, trouve la manière de nouveaux agencements, de nouveaux montages et peut agir sur l’image. Dans cette nouvelle donne, la télévision existe toujours mais n’est plus qu’un fournisseur, parmi bien d’autres, d’images à la carte. L’espace collectif qui fondait le rapport au petit écran se dissout au profit d’un espace de connexion généralisé qui n’a plus grand-chose à voir avec l’idée, à la fois démocratique et un peu totalitaire, de regarder au même moment, la même chose que son voisin. » Tel est le verdict: on est passé de l’écran de cinéma à l’écran télé  (valorisée un temps comme citoyenne par certains) puis à la société des écrans, sans bien anticiper les étapes de ce passage ni ses conséquences sur le régime des images.
O. M.
Ina/Cahiers du cinéma, 2007
690 p. 55 €