De la domination…
Essai sur les falsifications du pouvoir
Biologiste et spécialiste de la sexualité animale, Thierry Lodé associe ses compétences à celles de Tony Ferri, philosophe, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, pour explorer les mécanismes de la domination et des relations de pouvoir. Observant le vivant, ils constatent que « parmi la construction des interactions, on s’accorde à penser que la première a sans doute été la prédation et l’assimilation, et la seconde la sexualité consistant à l’échange d’Adn aux fins de coexistence, de résistance et de partage ». L’ouvrage s’organise en dix chapitres qui, à partir du transformisme de Lamarck, de l’évolutionnisme de Darwin, des travaux les plus récents des éthologues et des généticiens, analysent la hiérarchie, la dépendance, la domination, l’autorité, l’institutionnalisation du pouvoir en croisant toujours ce qui relève du vivant (qui ignore la hiérarchie et le racisme, par exemple, alors même qu’il existe des tensions et des rivalités) et ce qui serait propre à l’humain. C’est la sexualité (avec ou sans reproduction) qui, à leurs yeux, s’avère facteur de diversité et de reconnaissance des différences. « Loin donc de refléter une quelconque base répressive, la sexualité se découvre, dans la nature, comme l’expression d’un consentement mutuel, la recherche des différences et le maillage de relations égalitaires et horizontales. De sorte que la sexualité animale ne doit pas être lue, comme on le fait typiquement à l’encontre des bonobos, comme un effet de la domination, mais comme le signe de l’apprentissage à connaître l’autre et la tendance à s’ouvrir à différents partenaires en vue d’accroître positivement l’équilibre social. » Cette précieuse confrontation du vivant et de l’humain corrige bien des idées reçues et assure à l’émancipation sa fonction d’autonomie sans contrainte ni agression.
Th. P.