LA CHINE ET LE MONDE CHINOIS.
Une géopolitique des territoires
En décrivant l’évolution des territoires chinois (districts urbains, provinces, régions autonomes), indissociable de déplacements géographiques des populations et d’une dynamique démographique inégalée (Chongqing, la ville créée de toutes pièces au centre du pays pour répondre à la construction du barrage des Trois gorges sur le Yang Tze atteint déjà 32 millions d’habitants), cet ouvrage souligne le poids de l’État chinois dans cette réorganisation des territoires qui rompt de facto avec l’esprit anti-urbain de la Révolution paysanne maoïste. Si la libéralisation étatique du foncier accompagne la privatisation de l’économie, elle ne renforce cependant pas l’autonomie politique des grandes métropoles urbaines (celles-ci ont des histoires singulières liées à la période des comptoirs coloniaux comme c’est le cas de Shanghai). Si le pays vit à l’heure de la globalisation économique, il se démarque de sa traditionnelle vision du monde (la Chine comme « milieu du Monde », ce qui correspond à la conception impériale sinocentrée) pour valoriser le développement des grandes métropoles du littoral et un urbanisme diasporique. Dans cette optique, une première vision du monde (« La mondialisation sino-centrée tient la Chine pour organisateur cosmologique, culturel et politique du monde depuis la Capitale du pays et la plaine du nord. Ce schéma gradue le territoire chinois selon une topographie symbolique : la Cité interdite abritant le pouvoir impérial, la Grande Muraille protégeant la Chine des “Dix-huit Provinces”, les marges périphériques et tributaires faites de déserts et de montagnes. En cela, la Chine trouve ses limites dans les extrêmes de la nature : le froid et la glace du nord-est, les déserts au nord et au nord-ouest, les montagnes – parmi les plus hautes du monde – à l’ouest et au sud-ouest, et la mer au sud et à l’est ») laisse la place à une double vision du monde distincte : une mondialisation par les réseaux et une mondialisation par les grandes villes littorales (« La mondialisation par les réseaux renvoie à une conception réticulaire qui relie les provinces méridionales aux communautés chinoises d’outre-mer, localisées en Asie du Sud-Est, dans les pays neufs de la fin du xixe siècle et les chinatowns de l’Occident. La mondialisation par les métropoles littorales est une conception métropolitaine et côtière, où les grandes villes littorales, souvent héritière des concessions ou colonies étrangères comme Shanghai ou Hong Kong, servent d’interfaces polarisantes intégrant l’ensemble chinois au système-monde »). Ainsi la Chine, acteur décisif de la globalisation en cours, a modifié sa conception du monde aux dépens de la vision sinocentrée de son rapport au monde. Loin de se limiter à l’économie, la mondialisation a un sens « historique » et « géographique » puisque les pays et continents en voie de mondialisation transforment leurs propres représentations et visions du monde.
O. M.