Le poids du passé
Barack Obama et la question raciale
Le « fardeau » de la race (sous-titre anglais du livre de Thomas J. Sugrue) ; cette question qu’Obama, lors de la campagne de 2008, a longtemps évitée, avant de l’affronter dans son discours de Philadelphie, où il appelait à une Amérique postraciale, débarrassée des rancœurs du passé, est au cœur de cet ouvrage. C’est justement ce passé que l’historien explore : passé commun, lorsqu’il analyse l’influence du mouvement des droits civiques sur Obama (et la manière dont celui-ci met en récit cette influence, éliminant les figures les plus controversées au profit de celles – comme Martin Luther King Jr – qui font consensus dans la société américaine) ; passé individuel, quand il décrit les débuts d’Obama à Chicago, d’abord en tant qu’activiste (community organizer) puis comme professeur à l’Université de Chicago, enfin comme sénateur. C’est ainsi que l’on voit comment se forgent les convictions du futur président, son obsession de la négociation, du compromis, convictions qui sont en grande partie nées de son expérience de négociateur dans une des villes les plus ségréguées d’Amérique. Une Amérique où la réélection du premier président noir ne peut effacer ce passé qui, pour reprendre l’expression de Faulkner qui sert de titre original au livre de Sugrue, « ne passe pas ».
A. B.