GRANDES ÉCOLES

La fin d’une exception française


 


Faisant fréquemment écho à l’ouvrage de Pierre Veltz qui n’a pas été spécialement bien reçu par les gardiens du temple (Faut-il sauver les grandes écoles ? De la culture de la sélection à la culture de l’innovation, Presses de Sciences-Po, 2007, voir le compte rendu dans Esprit en août-septembre 2007), cet ouvrage le prolonge doublement. D’une part, il montre, exemples à l’appui, que les grandes écoles qui forment l’excellence suprême (l’ingénieur et le littéraire à la française) ne sont pas près de disparaître. Mais elles vont avoir du mal à résister à la multiplication et à la montée en puissance d’écoles (petites, moyen­nes et grandes) dont une majorité est composée d’écoles de management et de commerce (voir le rôle de l’Essec). D’autre part, il souligne la persistance des réflexes des grands corps (un exemple : Jean-Louis Beffa, patron de Saint-Gobain, ancien du corps des Mines, faisait barrage il y a quel­ques années à l’initiative de Pierre Veltz – alors directeur de l’École nationale des Ponts et Chaussées – de rapprocher les Mines et les Ponts… On ne mélange pas, même à ce niveau-là, les torchons et les serviettes… J.-L. Beffa, toujours responsable du corps des Mines, vient d’accepter un rapprochement X Mines-X Télécom… mais au bénéfice du corps des Mines lui-même. Parallèlement, les X Ponts se rapprochent des X Eaux et forêts [Le Monde du 21 janvier 2009]. On observe que les deux corps en haut de la hiérarchie [Mines et Ponts] sont peut-être en décalage avec le monde du développement durable et des nouvelles technologies qui sont davantage notre avenir. À quand une réouverture des mines ?). Mais le réseau des grands corps n’alimente pas seulement le marché du pantouflage (aller-retour public-privé et nomination à la tête des grandes entreprises d’État), il maintient chez quelques-uns l’idée de service public. À un moment où Nicolas Sarkozy s’efforce de bousculer des grands corps de l’État qui restent sur leur garde et que la réforme Pécresse est une incitation à imaginer des regroupements et des synergies, souvent purement tactiques, cet ouvrage de facture journalistique fournit des informations précieuses et donne du grain à moudre.

 

O. M.

Calmann-Lévy, 2008
228 p. 17 €