L’Invention de Dieu
Spécialiste de l’Ancien Testament, l’auteur présente ici une enquête sur la transformation, qui s’étale sur un millénaire, d’un « dieu du désert vénéré par des groupes nomades » en un Dieu unique. Que disent les travaux archéologiques et historiques sur la naissance du monothéisme et l’exégèse biblique sur la naissance du nom imprononçable du Dieu unique ? Ce bel exemple d’histoire critique met en valeur la singularité de la religion d’Israël, un ensemble de populations disparates, souvent en conflit, qui construit progressivement son identité autour de son roi, de son Temple et de son territoire. C’est pourquoi les défaites militaires, la première destruction du Temple et surtout les déportations successives à Babylone constituent pour Thomas Römer l’expérience décisive. Comment en effet expliquer que le dieu d’Israël apparaisse moins puissant que les divinités babyloniennes, puisqu’il n’est pas capable de protéger son peuple ? L’élaboration théologique originale qui s’accomplit dans l’exil, expliquant un projet de Yhwh pour son peuple dans l’histoire, initie une synthèse des traditions littéraires rivales et rend concevable un dieu unique et même exclusif. La situation d’exil et la confrontation à l’énigme du mal contribuent donc à construire l’idée d’élection. Parce qu’il n’est plus lié à une royauté ni à un territoire, le dieu d’Israël se différencie des dieux nationaux, accorde une centralité inédite aux textes écrits et fait, pour un temps, du judaïsme une « une religion mobile de la diaspora ».
M.–O. P.