L'économie du bien et du mal


Václav Havel avait préfacé le livre (publié en 2009, un an après la prise de conscience des crises de 2008) de ­Sedlacek qu’il avait engagé fort jeune comme conseiller économique quand il était président de la République tchèque. Ce livre était donc précédé d’une réputation qui est bien méritée : si l’auteur connaît la chanson des mathématiques appliquées à l’économie, des théorèmes chers aux utilitaristes, si l’université américaine l’a accueilli à bras ouverts, il rappelle en prenant de nombreux exemples que l’économie est d’abord une affaire biblique, philosophique, anthropologique, et qu’elle n’a d’autre rôle que de favoriser des échanges avec les choses et entre les hommes les moins mauvais possibles. Parler de bien et de mal, comme le titre l’indique, ne signifie pas que ce livre en appelle à une morale abstraite : il invite plutôt à se comporter au mieux, au sens où le bien et le mal sont éprouvés et veulent dire quelque chose, ce que rappellent des exemples puisés dans la littérature ou dans la Bible. Comme l’auteur souligne que la crise contemporaine est d’abord la crise d’un capitalisme rivé aveuglément à la croissance, son éloge soutenu de la modération et de la sobriété plus que de la décroissance (ce qui fait écho à des propos de Havel) ne surprend pas. Mais Sedlacek ne craint pas de recourir à des mots éculés pour certains : l’économie a un corps et une âme, nous dit-il ! Ne pas s’en souvenir conduit selon lui à vivre au rythme des films d’horreur, c’est-à-dire à vivre avec des zombies et des fantômes : « Quand le corps est séparé de l’âme, on n’obtient pas seulement un zombie (un corps sans âme) mais aussi un fantôme (une âme sans corps). Les fantômes font aussi peur que les zombies mais pour d’autres raisons : si les fantômes ne nous attaquent pas, ce qui nous épouvante en eux c’est leur regard silencieux, vide, réprobateur, accusateur. Ils veulent quelque chose de nous car il leur est arrivé quelque chose de mauvais, d’injuste, de violent qui nous hante. » Et à l’auteur de poursuivre en soulignant que l’économie produit beaucoup de fantômes, mais aussi qu’elle était à l’origine un sous-ensemble de la philosophie morale.

O. M.

Eyrolles, 2013
382 p. 25 €