Il court, il court le Bauhaus


 

 

 

Le style international architectural, aujourd’hui visible à Dubaï, Doha ou Astana, à Sydney ou à Pudong, est le plus souvent convenu, objet de pastiche ou effet d’un copié-collé, mais il peut aussi donner lieu à des réalisations architecturales de premier ordre. Inutile donc de caricaturer : si nos architectes ne sont pas tous des producteurs de simulacres qui rappelleraient Las Vegas plus qu’autre chose, le style international a pour caractéristique de tout miser sur un bâtiment (la « machine célibataire ») sans se préoccuper du contexte : l’architecture propre au style international est chaotique car elle juxtapose des objets monumentaux comme des pâtés de sable. La réédition d’un remarquable pamphlet écrit en 1981 par l’un des papes du nouveau journalisme est fort bien venue : d’une part il rappelle que le style international première manière fut inventé par les architectes du Bauhaus (Walter Gropius en première ligne) qui se sont exilés aux États-Unis au moment de la montée du nazisme ; d’autre part, ce style international qui a été renforcé par l’influence de Le Corbusier en France et du groupe De Stijl en Hollande, a « pris » grâce à la rencontre « antibourgeoise   » du Bauhaus et d’architectes américains. Si les États-Unis apparaissent toujours (voir l’Amérique de Jean Baudrillard) comme le territoire où le style international s’est imposé et épanoui avant de se propager en Asie, il ne faut pas oublier que le Bauhaus, qui a imaginé la standardisation et la reproduction architecturale (c’est l’époque de l’industrialisation), a contribué à le légitimer et le rendre possible. On rêve d’un Tom Wolfe contemporain qui raconterait la suite, les petitesses et les fausses grandeurs du style international contemporain. Ce qui l’obligerait à se promener à Shanghai et à Dubaï et non plus à New York. Ce qui n’est pas la même chose.

O. M.

 

 

 

Les Belles Lettres, 2012
144 p. 13 €