Des Educateurs dans la rue
Histoire de la prévention spécialisée
Les éducateurs « dans » la rue composent une corporation confirmée par la durée et l’expérience, mais mal connue et vaguement caritative. Il était temps qu’un livre fasse l’histoire de cette profession, développée surtout après la Seconde Guerre. Des monographies passionnantes nous entraînent (jusqu’à l’intime : que de mariages !) sous les arcanes d’une histoire généreuse, par des protagonistes qui ont connu l’époque des militants (souvent issus du scoutisme, de Vie Nouvelle), des administrateurs d’associations et de fédérations spécialisées, puis des gens de « métier » avec centres de formation et de recherche (CNRS). L’idée centrale se veut salvatrice : « sauver » les enfants et les jeunes, orphelins de guerre, traînant indûment dans les rues et livrés à leurs dangers. Des centres d’accueil, des clubs (les Réglisses, La Baraque…) essaiment à Lille, à Paris (belles pages sur La Boutique rue de Navarre), à Rouen, Lyon, Marseille, dans les banlieues des premiers grands ensembles. En 1953, on fonde le centre de Vaucresson, pour les « spécialistes » des jeunes délinquants. En 1959, les blousons noirs occupent la une des journaux. Devant l’urgence, les textes législatifs se succèdent et accouchent de l’arrêté de juillet 1972 qui reconnaît enfin la « prévention spécialisée ». Le souci de l’insertion s’impose alors comme numéro un, vecteur fixant un axe aux résolutions, conjuguant autant que possible actions policières et judiciaires. Délinquants, blousons noirs ou dorés, apaches, voyous, « sauvageons » (Chevènement), « racaille » (Sarkozy), c’est la même « graine de violence » aux noms et aux visages différents. Aujourd’hui que « les phénomènes de ghettoïsation et d’ethnicisation se sont singulièrement développés » (p. 234), le problème demeure tout entier : comment intégrer ces « jeunes de la rue » (on dirait aujourd’hui : « déscolarisés », « caillera », « craignos »…) dans une période où la prévention se heurte à la « tolérance zéro » ?
P. Ma.
P. Ma.