LIBÉREZ LA PATRIE !
Patriotisme et politique
À l’heure de l’identité et des symboles nationaux, il est utile de revenir à l’antiquité pour mesurer combien cette question, que l’on croit nouvelle, est aussi ancienne que les clans et les cités. Selon ce livre passionnant et savant, trois piliers fondent la notion de patrie : l’héritage, « patrie » venant de pater, au sens générique de ceux qui ont précédé les vivants et ont rendu leur terre habitable ; le contrat social, formule évidemment de Rousseau, mais précédée par d’autres constitutions, celle de Lycurgue, le législateur mythique de Sparte, la Constitution d’Athènes rédigée par Aristote, etc. ; celle de régime politique enfin, aristocratique, démocratique, tyrannique ou républicain. La patrie est proche de la polis grecque, de la cité, qui contient les clans et leurs familles. Son rôle est de rassembler des enfants dispersés (on dit les « fils » de la patrie, comme dans une généalogie) pour les réunir sous un seul intérêt et, surtout, un seul sentiment. Car la patrie est sentimentale. C’est en cela qu’elle est entièrement politique : elle englobe la raison et le cœur, le calcul et la pulsion. Elle est endogame et centrifuge, elle aime la chaleur du foyer et désire l’espace inconnu. En transcendant les clans, elle impose l’idée du bien commun bénéfique, protégé contre l’ennemi, fût-il l’innombrable armée des Perses (voir Eschyle, Les Perses). Le retour d’Ulysse à Ithaque est le retour dans ses terres, où l’attend sa femme, d’un a-patride qui a enfin retrouvé une terre féconde et une cité accueillante. Leçon antique à méditer…
P. Ma.