LES ETATS-DESUNIS
Suivi d’un entretien avec Noam Chomsky. Postface de Jean-Pierre Faye
Réédition d’un livre formidable, paru en 1938, sur la crise des années 1930 aux États-Unis. Vladimir Pozner, écrivain français d’origine russe (mort en 1992), y invente un genre littéraire entre roman et reportage, avec un montage de choses vues, de propos entendus, d’interviews, de rencontres d’écrivains, de lectures de journaux. Peu importe que Pozner soit un militant de gauche, avec une vision très négative du capitalisme américain. Le fait est que son mode d’écriture opère des effets de collision ou de rapprochement extrêmes, qui donnent une perception terrifiante de la violence et de la pauvreté ordinaires aux États-Unis (spécifique tout de même dans les années de la grande dépression). Inévitablement, on pense à Louons maintenant les grands hommes, de J. Agee et W. Evans (1940, en français chez Plon, dans la coll. « Terre humaine », 1972). On pourrait citer bien des passages de ce livre incisif. Contentons-nous de cette réflexion désabusée d’un écrivain maintenant oublié : « (Aux États-Unis, en 1936), il faudrait être un athlète intellectuel pour pouvoir penser, pris comme on l’est entre les journaux, la radio, le cinéma. L’acte de réflexion requiert en Amérique un effort particulier dont peu de gens sont capables et qui ne séduit que quelques-uns. Les moyens de distraction et d’information courante créent une habitude de “superficialité”. » En 1936, il n’y avait pas encore la télévision, ni bien d’autres distractions dont le monde entier est maintenant friand… Un aspect curieux aujourd’hui est la quasi-certitude, très répandue alors, d’un fascisme typiquement américain à venir. Une crainte que l’histoire n’a pas confirmée.
J.-L. S.