DICTIONNAIRE DU CINÉMA POPULAIRE FRANÇAIS

Stephane Delestre et Hajar Desanti (Sous la dir. de), LE DICTIONNAIRE DES PERSONNAGES POPULAIRES DE LA LITTERATURE DU XIXe ET XXe SIECLES PAR 100 ECRIVAINS D'AUJOURD'HUI. De Cozette à Tarzan et de Tartaran à Zorro. Paris, Le seuil, 2010, 786p., 20, 50€. Daniel Garcia, JEAN-LOUIS BORY, Flammarion, coll."Grandes biographies", 2009, 270p., 18€

On se contente trop souvent d'ignorer les relations rabelaisiennes entre la haute culture et la basse culture au nom d'un procès spontané d'une bêtise télévisuelle qui met à mal les ressorts de l'enseignement et de la culture (les écrans télévisuels étant réduits à la production la plus décevante sans que l'attention soit portée par exemple aux documentaires en tous genres). Dans ce contexte, il n'est pas mauvais que des plumes avisées rappellent la place de la culture populaire dans le cinéma français, l'importance de personnages populaires mythiques et récurrents dans la littérature, et le rôle de passeurs comme le fut un Jean-Louis Bory. Dans le premier cas, les articles rédigés (avec talent et inventivité par des auteurs issus pour beaucoup de la revue Positif) sur des thèmes, des films, des lieux, des techniques, et surtout des comédiens (Jean Carmet, Jean-Pierre Marielle aussi bien qu'Isabelle Huppert, Isabelle Adjani ou la tribu Depardieu) éclairent les ressorts d'un imaginaire cinématographique français qui mélange peu les genres et les styles, comme cela se fait dans la production « à la britannique ». À sa manière, Arnaud Viviant participe de l'esprit de ce dictionnaire dans le livre très original qu'il consacre à l'insaisissable (mais pas tout à fait selon lui…) Serge Gainsbourg. Ce qui lui donne l'occasion de rédiger les articles d'un dictionnaire Gainsbourg avec commentaires de photos à l'appui. Voici les premiers articles : Alcool, Amitié, Aphorismes, Aquoiboniste (« l'aquoiboniste semble planer avec une pure absence de zèle »), Argent, Arrangement, Arts majeurs/Arts mineurs (« Dans un contexte qui favorise les revirements, où abandonner l'Art pour la culture populaire n'est pas une déchéance, Serge Gainsbourg demeure néanmoins élitiste, aristocratique, hautain, dédaigneux. Ce qui distingue à ses yeux les arts majeurs, c'est qu'ils réclament une initiation, un savoir que lui-même aime à exhiber, en le mêlant de conneries, "cette décontraction de l'intelligence" »).
Dans le deuxième cas, on se penche sur des personnages qui ne sont pas des statues mais des fantômes qui passent et reviennent rituellement (Zorro, Tartarin, Fantômas…). Et dans le troisième, on salue une personnalité hybride comme celle de Jean-Louis Bory (professeur légendaire de classe préparatoire littéraire à Montaigne, critique de cinéma au Nouvel Observateur, célèbre duettiste du Masque et la plume…) qui commentait aussi bien les films Nouvelle Vague ou d'avant-garde que des films populaires dits grand public sans confondre les registres. Il y a des années que l'historien Antoine de Baecque, auteur d'un récent Jean-Luc Godard chez Grasset, a montré que les Cahiers du cinéma adoraient ­Hitch­cock, un metteur en scène qui, comme Tim Burton aujourd'hui, touchait aussi bien le public populaire que celui qui se considère comme d'avant-garde ou branché.

O. M.

Nouveaux Mondes éditions, 2009
898 p. 49 €