Le néo-nomadisme
Architecte ayant résidé et travaillé aux États-Unis, en France, au Maroc, au Danemark et dans les Émirats arabes unis, Yasmine Abbas est une néo-nomade parfaite, pour reprendre son vocabulaire. Elle sait donc que la mobilité est à la fois physique, numérique et mentale, et témoigne du fait qu’il n’est plus indispensable de se déplacer corporellement pour bouger. Et pour cause : la distance a disparu grâce aux nouvelles technologies et à leur vitesse toujours plus rapide au profit d’une proximité toujours possible (Michel Serres). Mais cette néo-nomade qui n’imagine pas revenir à un nomadisme d’hier dénonce le caractère énergivore et épuisant de cette mobilité. Ce qui revient à se focaliser sur le seul néo-nomadisme de ceux qui vivent au rythme des villes globales et des hôtels internationaux, alors que l’univers de la globalisation tourne à plusieurs vitesses. Loin de valoriser outrancièrement ce néo-nomadisme de luxe, l’auteure, qui se souvient qu’elle est architecte et urbaniste, en appelle à des économies d’énergie et à un retour à des formes de sédentarité inédites. On aimerait en savoir un peu plus et apprendre de l’architecte comment concevoir de la stabilité urbaine dans un monde secoué par l’instabilité. Peut-être est-ce l’occasion de rappeler qu’un nomade du désert connaît tous les lieux par lesquels il passe ? Dans cette optique, la prise en compte de la mobilité contemporaine aurait le mérite de réfléchir sur les lieux eux-mêmes.
O. M.