LE SIECLE JUIF


« La modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs », telle est l’hypothèse, ou plutôt l’affirmation, de l’auteur, prouvée en quatre chapitres de plus en plus longs – le lecteur en est prévenu avec humour. Nous serions en effet tous devenus plus ou moins, à un moment donné en tout cas, des nomades, des individualistes tribaux, des semblables aux juifs de l’appareil soviétique depuis Lénine, et enfin – au choix – des envieux à l’égard des juifs américains, ou de la classe dirigeante russe, ou de l’aventure sioniste en Israël. Slezkine tire sa démonstration de la littérature, mondiale mais surtout russe, et en général juive (et non juive d’ailleurs : magnifique commentaire d’Ulysse de Joyce). Sa thèse n’emporte pas toujours l’adhésion, loin de là (il faudrait déjà savoir si les juifs du xxe siècle se reconnaissent dans les qualités qu’il leur décerne), mais, souvent paradoxale et énoncée avec une belle auto-ironie, elle est plaisante à lire. Le regret vient du côté plus que compact de l’ouvrage : 400 pages, avec seulement les titres des quatre chapitres pour reprendre souffle.

J.-L. S.

La Découverte, 2009
427 p. 25 €