Pour une écologie de l'attention


L’économie de l’attention est devenue un champ de recherche majeur depuis les années 1990. Lorsque la rareté n’est plus du côté de la production mais du côté de la réception, la théorie économique néoclassique vacille. Comment penser cette évolution ? Esprit avait consacré en janvier 2014 son dossier (« Inattention : danger ! ») à la question de l’attention et de sa mise en danger par le capitalisme contemporain. Dans l’ouvrage collectif dirigé par Yves Citton, des chercheurs de diverses disciplines tentent de décrypter ce phénomène, de déterminer si et en quoi l’économie de l’attention représente un bouleversement, et comment il est possible, sinon d’échapper à, du moins de reconfigurer cette évolution du capitalisme vers un « capitalisme mental ». Plutôt que d’être simplement attentif, il faudrait également être attentionné (voir le chapitre de Sandra Laugier, qui fait appel à la notion de soin/care). Plutôt que de se laisser guider par la recommandation des autres (voir le texte de Matteo Pasquinelli sur Google PageRank) vers ce que l’on connaît déjà, il faudrait laisser exister la possibilité de la « frayeur de la rencontre » (Dominique Boullier). En somme, et bien qu’il soit indispensable de saisir ce qu’est l’économie de l’attention, il faut sortir du paradigme économique et individualiste pour avoir une approche collective qui soit centrée sur une « écologie » de l’attention. Car derrière les flux et la circulation des données, derrière cette apparence d’immatériel, il y a les parcs de serveurs Google, l’exploitation des terres rares et les câbles sous-marins. Derrière notre attention sursollicitée, il y a aussi une planète qui s’épuise.

A. B.

Le Seuil, La couleur des idées, 2014
320 p. 20 €