Critique de la trivialité
Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir
Spécialiste de sémiologie et des écritures médiatiques, l’auteur parle de la « trivialité » dans un sens particulier : il s’agit pour lui de la faculté des objets culturels à circuler à travers la société, c’est-à-dire à échapper au contexte de leur première apparition et à se transformer en se diffusant à de nouveaux publics et à de nouveaux usages. Ces processus nouveaux, qui affectent directement les formes reconnues de la « culture légitime », ne relèvent pas seulement d’effets technologiques : ce sont de nouvelles écritures sociales qui s’inventent. Yves Jeanneret décrit ainsi précisément les processus de culture, plus ou moins créatifs, qui accompagnent des logiciels (PowerPoint, Google Earth…), les réseaux sociaux ou encore la montée en puissance de nouveaux groupes économiques qui affectent de manière inédite ce qu’il appelle les « disciplines de l’archive » (écriture, édition, conservation, médias…). Il s’inquiète, finalement, de voir la force des industries qui exploitent les données personnelles livrées par les usagers au nom de l’expression de soi. Inquiétude sans doute pour la discipline sémiologique qui est la sienne, concurrencée par l’analyse statistique des données collectées en très grand nombre (big data, que l’auteur traduit par « grandes données »), mais inquiétude civique également, qui conduit Yves Jeanneret à s’interroger, dans le dernier mouvement de cette somme, sur la responsabilité des intellectuels devant des formes de « gadgétisation » de la culture.
M.-O. P.