En mémoire de France Quéré. La culture
Il y a dix ans, France Quéré décédait brusquement. Sa culture polymorphe ancrée dans l’Écriture de la Réforme et dans la patristique plongeait aussi dans les tourments de l’éthique contemporaine. Ses grands yeux abyssins d’insomniaque vous dévisageaient (un jour je la croisai dans une gare, elle allait à Lausanne) comme une phosphorescence dans les ténèbres, lectrice éclairée de biais par ces « bougies qui pacifient les visages, allongent les cils […], étendent le mystère et le recueillement ». Un colloque à sa mémoire et sur une de ses prédilections, la culture, rassemble dans ces pages les interventions de J.-P. Chauveau, F. Cheng, B. Descamps-Latscha, P. Joutard, A. Kahn, M. Léna, P. Léna, M. Leplay, G. Martelet, A. Mérot, Y. Quéré, P. Ricœur, accompagnées de textes de France : quelle langue ! Quelle paix ! « La culture ? N’est-elle pas le chant mêlé de nos pensées, de nos émotions et de nos interrogations, l’intensité de notre regard et de notre écoute, une errance émerveillée au travers des arcanes du monde et, peut-être, cette question même sur elle-même ? » Pour elle, pas de vie culturelle sans recueillement au sens premier, sans silence, où la musique arrache son être, sans passion pour l’humain victime de turpitudes mais sauvé par sa contingence et par la flamme fragile de sa conscience perdue, et perplexe, dans les « espaces infinis » : « Qu’est-ce que l’homme que tu en gardes mémoire ? » (Ps. 8, v. 5.)
Pierre Mayol
Pierre Mayol