LEÇONS SUR L’UNITÉ ET LA CIVILISATION FRANÇAISES
Les interrogations sur l’esprit français, sur la langue de Racine et de Molière, sur l’universalisme hexagonal et son exceptionnalité vont de pair avec le sentiment que l’histoire tourne les pages très rapidement. Si l’on veut répondre à l’académisme un peu triste et nostalgique qui ne jure ces temps-ci que par l’esprit français, il n’est pas inutile de s’inspirer de ces deux livres. Le premier, rédigé pour des étudiants étrangers par Yves Renouard (1908-1965), un historien médiéviste qui a fondé Sciences Po Bordeaux avant de rejoindre la Sorbonne, propose « cinq leçons sur les caractères généraux de la civilisation française » qui mettent en avant les contrastes et le sens de la mesure qui en est la contrepartie avant de conclure par un éloge inattendu de l’élégance et de la femme française. (Tels sont les titres des cinq leçons : l’influence profonde du milieu naturel : l’universalité ; l’action des hommes : la centralisation, puis trois chapitres consacrés à ce qui en résulte : l’abstraction et la logique ; le sens de la mesure ; l’élégance.)
Conçu à partir de notes rédigées par l’historien de l’art André Chastel avant sa mort, le second ouvrage, qui s’interroge sur la spécificité d’un style français, souligne, en prenant des exemples en littérature, en architecture et en peinture la double capacité d’accueillir des productions étrangères et de les convertir et de les tamiser « à la française ». « Comment comprendre ce mouvement qui amène à s’alimenter ailleurs ? C’est sans doute qu’il y a au fond de la pensée claire – notre privilège – un vague regret des joies cachées et dangereuses de l’imagination. » Ces deux essais n’ont rien de daté, ils rappellent la tentative d’un Braudel dans l’Identité de la France, ils pensent l’endroit (la raison et la langue) et l’envers (les résurgences de l’imagination, de la jouissance au rire), et ils anticipent des réflexions à venir : celles qui portent déjà sur la langue, sur le couple du scientifique et de l’homme de lettres, la culture générale à l’heure de la spécialisation et sur un état d’esprit français qui n’a aucune raison de se donner comme perdant dans le contexte pluriel de la mondialisation.
O. M.